Récemment, une freelance m'a contacté au sujet de son site web. Elle l'avait créé elle-même sur Wix quelques années plus tôt, fière de l'avoir monté seule. Tout allait bien, jusqu'au jour où elle a reçu une facture de plusieurs centaines d'euros, sans comprendre à quoi elle correspondait. Elle ne l'a pas payée. Quelques semaines plus tard, son site avait disparu.
Aujourd'hui, il ne lui reste que deux options. Payer ce qu'on lui réclame, en espérant retrouver son site tel qu'il était. Ou tout refaire ailleurs. Son histoire n'a rien d'exceptionnel. Elle met le doigt sur une réalité dont on parle peu au moment de choisir une solution clés en main : sur ces plateformes, vous n'êtes pas vraiment propriétaire de votre site.
Dans le premier article de cette série, j'ai détaillé ce que ces outils coûtent vraiment. Aujourd'hui, je m'attarde sur deux questions tout aussi importantes. À qui appartient vraiment votre site ? Et que se passe-t-il le jour où vous voulez, ou devez, partir ?
Vous êtes locataire, pas propriétaire
Quand vous montez votre site sur une de ces plateformes, vous avez l'impression de le créer, qu'il est à vous. C'est un peu comme un local commercial que vous louez. Vous y installez votre enseigne, vous l'aménagez à votre goût, vous y recevez vos client·es. Mais les murs ne sont pas à vous. Tant que vous payez le loyer, tout va bien. Le jour où vous partez, vous ne remportez ni les murs, ni l'aménagement.
Pour votre site, c'est pareil. Vos textes et vos photos restent à vous, vous pouvez les réutiliser où vous voulez. Mais le site lui-même, son apparence, sa mise en page, tout ce que vous avez patiemment construit, reste la propriété de la plateforme. Il ne peut pas vous suivre.
Votre adresse internet, elle, peut vous suivre
Il y a quand même une chose qui vous appartient vraiment, même si vous l'avez prise via la plateforme : votre nom de domaine. C'est votre adresse sur internet, celle que vos client·es tapent, celle qui figure sur vos cartes de visite. Personne ne peut vous la confisquer. Si vous partez, vous avez le droit de l'emporter et de la faire gérer ailleurs.
Bonne nouvelle, donc, avec un bémol. Quand le domaine a été acheté via la plateforme, le récupérer n'est pas immédiat : il y a des démarches et des délais. Et dans une situation de conflit comme celle de la freelance, si la facture n'est pas réglée à temps, on peut même finir par perdre cette adresse. Le bon réflexe, quelle que soit la solution que vous choisissez : achetez votre nom de domaine chez un prestataire indépendant de votre site. Quelques euros par an, et votre adresse reste sous votre contrôle, quoi qu'il arrive au reste.
Le jour où vous voulez partir
Imaginons maintenant que vous décidiez de quitter la plateforme. Il faut distinguer deux choses : vos données, et votre site.
Vos données, vous pouvez généralement les récupérer : votre liste de produits, vos commandes, votre fichier client. Sur ce point, la plupart des plateformes vous laissent repartir avec l'essentiel. Mais votre site, lui, ne se récupère pas. Son apparence, sa mise en page, son organisation, tout cela reste sur la plateforme. Wix l'écrit d'ailleurs noir sur blanc dans sa documentation : votre site ne peut fonctionner que sur ses serveurs.
Autrement dit, partir, ce n'est pas déménager. C'est emporter quelques cartons de données et rebâtir la maison à neuf, ailleurs. Pour une boutique en ligne, le plus précieux, ce sont justement ces données, et heureusement, elles s'emportent bien. Pour un site vitrine, c'est surtout l'apparence qui est à refaire entièrement, et la visibilité acquise sur Google à préserver avec soin. J'y reviendrai dans le dernier article de la série.
Quand la plateforme décide à votre place
Jusqu'ici, j'ai parlé du jour où c'est vous qui choisissez de partir. Mais parfois, ce n'est pas vous qui décidez. C'est la plateforme.
Le premier cas, c'est celui de la freelance. Un litige, une facture impayée, parfois un simple malentendu, et le site est coupé du jour au lendemain. Vous n'aviez rien décidé, mais c'est vous qui en subissez les conséquences, souvent sans personne en face pour vous aider.
Le second cas est plus rare, mais plus radical : la plateforme qui ferme. On pourrait croire que ça n'arrive qu'aux petits acteurs fragiles. Détrompez-vous. En 2018, Adobe, l'un des plus gros éditeurs de logiciels au monde, a annoncé l'arrêt de sa plateforme de création de sites. Les utilisateur·rices ont eu quelques années pour partir, puis tout a été supprimé. Des milliers de professionnel·les ont dû refaire leur site ailleurs.
On pourrait alors se rassurer en se disant qu'une plateforme dont c'est tout le métier, elle, ne fermera jamais. L'exemple de Tictail prouve le contraire. Cette plateforme de boutiques en ligne, très utilisée par de petits commerces, a été rachetée par Shopify fin 2018, puis fermée quelques mois plus tard. Ses utilisateur·rices ont été invité·es à rejoindre Shopify, mais il a fallu tout reconstruire, sur une autre plateforme tout aussi fermée.
Aucune de ces situations ne dépendait des personnes qui les ont subies. Et c'est précisément ça, la dépendance : votre site, votre outil de travail, repose sur les décisions d'une entreprise sur laquelle vous n'avez aucune prise. Tant que ses intérêts vont dans le même sens que les vôtres, tout va bien. Le jour où ils divergent, c'est vous qui trinquez.
Posséder son site, ce que ça change
Reprenons une dernière fois l'image du local. Tout ce qu'on vient de voir, c'est la situation d'un·e locataire. Mais on peut aussi être propriétaire des murs.
Posséder son site, ça veut dire que tout ce qui le compose vous appartient vraiment. Et ça change beaucoup de choses. Personne ne peut le couper à cause d'une facture contestée, le fermer du jour au lendemain, ou augmenter son prix sans prévenir. Votre site est hébergé là où vous le décidez, et si l'hébergeur ne vous convient plus, vous le déménagez ailleurs à l'identique, sans rien refaire.
Et surtout, vous ne dépendez de personne. Pas même de votre prestataire. Un site construit avec des outils ouverts peut être repris par un·e autre professionnel·le compétent·e. Si je disparais de la circulation, ou si vous préférez simplement travailler avec quelqu'un d'autre, votre site ne part pas avec moi.
Je ne vous vends pas une solution miracle pour autant. Posséder son site coûte plus cher au départ et demande un minimum d'entretien. Pour un besoin simple ou passager, une plateforme clés en main reste un choix parfaitement raisonnable. Mais dès que votre site devient un vrai outil de travail, sur lequel repose une partie de votre activité, en être propriétaire n'est plus un détail. C'est une question de tranquillité.
Et les données de vos client·es ?
Il reste une question, et ce n'est pas un oubli. En utilisant ces plateformes, vous leur confiez bien plus que votre site. Vous leur confiez aussi les informations des personnes qui achètent chez vous : leurs noms, leurs adresses, parfois leurs coordonnées bancaires.
Vous pouvez souvent récupérer ces données en partant. Mais ce n'est qu'une partie du problème. La vraie question est ailleurs : où sont-elles stockées pendant tout ce temps, et qui peut les consulter ? Quand on gère les données de ses client·es, et la loi nous y oblige, ce n'est pas un détail. Ce sera le sujet du prochain article.
Article mis à jour le 18/06/2026